dimanche 22 septembre 2019

Soif


 



Titre : Soif
Auteure : Amélie Nothomb 
Genre : contemporain
Nombre de pages : 162 pages
Éditeur : Albin Michel
Date de publication : août 2019
Ma note : 16/20







Quatrième de couverture :

« Pour éprouver la soif il faut être vivant. »


Ce que j’en ai pensé :

Amélie Nothomb ayant sorti son nouveau cru de la rentrée littéraire 2019, je n’ai pas tardé à me le procurer pour pouvoir me forger mon opinion. Inutile de laisser place au suspense plus longtemps : j’ai beaucoup aimé. Voici pourquoi !

Dans Soif, Amélie Nothomb donne la parole à un narrateur pour le moins célèbre, puisqu’il s’agit de Jésus Christ. Au travers de ces cent soixante pages, nous allons assister au procès de Jésus, à sa condamnation, à la nuit précédant sa mise à mort et à sa crucifixion. Le tout est parsemé de réflexions que notre auteure impute au Christ, qu’il soit question de sa relation avec les hommes, avec Dieu, mais aussi de thèmes généralistes comme l’amour, la douleur, la souffrance, le pardon…

Ici, la célèbre dame au chapeau s’attaque à un sacré sujet. J’estime qu’il faut du cran pour oser écrire en prenant la parole à la place de Jésus. Et c’est franchement bien exécuté. Déjà, cela semble tout à fait vraisemblable. Amélie Nothomb manie les mots d’une telle façon que l’on a l’impression que c’est réellement Jésus qui s’adresse au lecteur, tant elle rend perceptibles les sentiments et les sensations éprouvés. Elle réussit parfaitement à faire ressentir la soif, la peur, mais aussi l’incompréhension, l’amour qu’il voue à sa mère ou à Marie-Madeleine. Le tout est relaté avec une certaine modernité ; n’allez pas penser qu’elle transpose les événements à notre époque, elle parvient juste à créer un narrateur proche de nous.

Amélie Nothomb nous offre ici un grand nombre de réflexions intelligentes et sensées. Mais il ne faut pas oublier qu’il s’agit là qu’une interprétation des Évangiles de l’auteure, sans doute selon ses propres croyances et son histoire. Elle y met aussi quelques notes d’humour, comme lors du passage des témoins à charge devant Ponce Pilate. Elle nous présente un Jésus sorti en partie de son imaginaire, plutôt loin des écrits traditionnels. L’ensemble est rédigé avec un souci du bon mot, car on a l’impression que chaque terme est minutieusement choisi, pour que le tout forme un récit particulièrement juste. Oui, ce roman est court, mais pour autant, il me semble que c’est une œuvre dense dans les idées et les questionnements qu’elle pose.

En revanche, je dois reconnaître que j’ai été un peu moins séduite par la fin, qui m’a laissée quelque peu dubitative. Et autre tout petit détail : j’aurais aimé un bref appendice nous permettant de remettre en perspective l’histoire classique et celle née de la plume d’Amélie Nothomb, afin de mieux cerner les libertés prises par cette dernière.


L’amour concentre la certitude et le doute : on est sûr d’être aimé autant qu’on en doute, non pas tour à tour, mais en une simultanéité déconcertante. Chercher à se débarrasser de ce versant dubitatif en posant mille questions à l’aimée, c’est nier la nature radicalement ambiguë de l’amour.

dimanche 15 septembre 2019

Miss Cyclone


 


Titre : Miss Cyclone
Auteure : Laurence Peyrin
Genre : contemporain
Nombre de pages : 352 pages
Éditeur : Pocket
Date de publication : avril 2018
Ma note : 16/20









Quatrième de couverture :

« À Coney Island, les manèges sont à l’arrêt. Face à la mer grise, Angela et June partagent une cigarette. C’est l’hiver de leurs 16 ans. L’hiver où John Lennon va mourir. L’hiver où les deux jeunes New-Yorkaises, si différentes mais complices depuis l’enfance, entrent dans l’âge adulte. Un secret, cette nuit-là, décidera de tout : les amours, les mariages, les rêves et les échecs. Tandis que la ville change, souffre ou s’amuse, les deux copines vivent côte à côte cet étrange grand huit : le cyclone de la vie. »


Ce que j’en ai pensé : 

Un commentaire élogieux de Gérard Collard, une lecture commune organisée par Livraddict… Il ne m’en a pas fallu davantage pour me lancer dans Miss Cyclone. Et j’en ressors ravie !

L’ouvrage débute dans les années 80, et nous faisons la connaissance d’un duo que nous allons suivre tout au long du roman : Angela et June, qui sont à l’aube de l’âge adulte. Meilleures amies bien que très différentes dans leur éducation, leurs valeurs et leurs modes de vie, nous allons partager des pans de leur existence jusque dans les années 2000. Angela a un avenir apparemment tout tracé : en couple avec Nick, son voisin de palier, depuis qu’elle a treize ans, il est prévu qu’ils se marient et fondent une famille. À ces protagonistes va s’ajouter un quatrième, Adam, un copain de Nick un peu plus vieux qu’eux, qui ambitionne de devenir procureur. Ensemble, ils vont vivre des pans de l’Histoire, à commencer par l’assassinat de John Lennon, le premier drame majeur qui va incontestablement les marquer.

Miss Cyclone est un roman particulièrement bien construit. En effet, nos héros gagnent en maturité en parallèle de l’Histoire des États-Unis. Nous assistons à de grands événements qui vont bouleverser tous les Américains, mais également faire évoluer nos personnages, qui vont traverser la fin de l’adolescence avec le meurtre d’une de leurs idoles, être des adultes alors que le scandale de la liaison entre Bill Clinton et Monica Lewinsky est sur toutes les lèvres, et entrer dans la quarantaine avec les attentats du 11 septembre.

J’ai apprécié l’atmosphère qui se dégage de ce roman. Laurence Peyrin, auteure française, nous présente ses héroïnes de papier d’une telle façon que l’on a l’impression qu’elles pourraient avoir réellement existé. J’ai été tout particulièrement émue par Angela, une jeune rêveuse qui éprouve une certaine admiration vis-à-vis de la soif de liberté de son amie, qui ne semble avoir peur de rien. Mais au fur et à mesure que l’on tourne les pages, on découvre que June est loin d’être la femme insouciante que l’on pourrait imaginer, car que même si elle mène une vie aisée, elle n’est pas heureuse pour autant. Nick, quant à lui, m’a parfois agacée. Et Adam… disons que j’ai mis du temps à l’apprécier.

Le tout est porté par une écriture très fluide formant de courts chapitres. Laurence Peyrin nous offre ici un ouvrage très plaisant à lire, même s’il aborde des sujets forts, tels que la mort, le mariage, l’adultère, le terrorisme, la parentalité. Miss Cyclone m’a donc beaucoup plu, aussi bien dans sa construction que dans les thèmes développés. Je ne vais d’ailleurs pas tarder à me plonger dans L’Aile des vierges.


Angela n’aurait su définir ce qui lui traversa l’esprit à cet instant précis où il prononça ces deux mots : La vie. C’était si pointu, si condensé que ça fusait comme une balle.